Libre Pensée du Pas-de-Calais

Vous êtes ici : Accueil du site > Archives du site > Décès du pape Jean-Paul II > Le deuil public pour le pape choque les libres-penseurs
Publié : 5 avril 2005

Le deuil public pour le pape choque les libres-penseurs

article paru dans le journal LE MONDE , édition du 05.04.05

"On en fait trop". Telle est la tonalité générale de ce qu’il est convenu d’appeler les milieux laïques sur les hommages officiels qui accompagnent la mort du pape.

"Aurait-on mis les drapeaux en berne pour un grand imam ou pour le dalaï-lama ?", s’interroge Jean-Marc Roirant, secrétaire général de la Ligue de l’enseignement, qui juge "un peu anachronique que l’on considère encore le Vatican comme un Etat". Cet hommage est "malvenu", juge Michel Tubiana, président de la Ligue des droits de l’homme (LDH). S’il ne critique pas la présence de Jacques Chirac à Notre-Dame de Paris, dimanche 3 avril, "à titre privé", il juge l’attitude des pouvoirs publics "disproportionnée".

Les libres-penseurs militants sont les plus virulents. Christian Eyschen, rédacteur en chef de La Raison, le journal de la libre-pensée, parle de "violation de la liberté de conscience" à propos de la mise en berne des drapeaux et qualifie de "scandaleuse" la présence de M. Chirac dans la cathédrale de Paris en tant que président de la République. "Il y a un vrai questionnement à mener, ajoute-t-il, sur le traitement médiatique de l’événement". "Il y a une overdose médiatique, renchérit M. Eyschen. "C’est la télévision catholique et non plus cathodique !" "On fait un cinéma de la commémoration de la loi de 1905, proteste-t-il encore, mais on voit bien, qu’en violation du texte, la religion n’est plus une affaire privée."

"Nous les laïques nous sommes légitimistes", assure M. Roirant un ton au dessous. Si Alain Bauer, ancien grand maître du Grand-Orient de France, aurait préféré que "la République s’abstienne" des démonstrations de deuil public, celles-ci ne le choquent pas outre mesure. Là n’est pas selon lui "l’essentiel". La façon dont le pape, "homme de paradoxe", est mort constitue pour lui "un message en faveur du droit de mourir dans la dignité adressé aux élément les plus rétrogrades de sa hiérarchie". Tous fustigent son conservatisme en matière morale et sexuelle. "Il a changé la peau de l’Eglise et non son contenu" juge le président de la LDH qui voit en Jean Paul II un partisan de l’"ordre moral". "Il y a deux personnalités chez le pape, pense M. Bauer. Une force moralisatrice et un immense pragmatisme". Laïques et libres-penseurs apprécient diversement le legs du pontificat de cet "homme plein de paradoxes". Et s’ils comprennent l’affliction des catholiques, ils estiment tous que l’Etat n’aurait pas dû s’en mêler.

Nicolas Weill

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3458,36-634935,0.html